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Quand la vieillesse va venir me prendre en traite,
J’veux point vieillir bécasse, avec un gros nez rouge,
J’veux point de poches sous les yeux qui peut être ne riront plus,
J’veux point avoir la poitrine et mon ventre réunis,
J’veux point qu’ils deviennent amis.
J’veux encore des rires caressant ma gorge,
J’veux encore voir des étincelles là, dans mon regard,
J’veux encore qu’une main se tende sur mes seins,
J’veux encore attacher mon serre taille sans rougir.
J’veux point aller au club des vieux, les entendre radoter leurs maladies,
J’veux point tourner bourrique à les regarder se déboîter le dentier,
J’veux point avoir tout vu, tout entendu, tout vécu,
J’veux point plus regarder les hommes.
J’veux encore respirer mon jardin, m’allonger dans l’herbe et chanter,
J’veux encore croquer dans les pommes du verger de mon voisin,
J’veux encore apprendre, écouter les ragots, vivre au rythme des saisons,
J’veux encore un galant qui me raconte des foutaises, et j’y croirais.
J’veux point être une dame raisonnable qu’on donne en exemple,
J’veux point devenir grenouille de bénitier,
J’veux point avoir la tignasse blanche et les cheveux pendant,
J’veux point mettre de côté mes économies.
J’veux encore avoir des coups de folie, me rincer l’œil devant un beau gars,
J’veux encore aller voir la madone, mais rien qu’elle, et pas parler au curé,
J’veux encore que ma chevelure ait des reflets dorés,
J’veux claquer mon livret d’épargne pour rien leur laisser, pour voir leur tête de là-haut.
J’veux bien être une dame indigne, mais heureuse…
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